Voyage éclectripe

Publié le par baline

Rue des écoles laïques, samedi soir, nous montons vite la côte au milieu des effluves de restaurants exotiques. Il fait froid et déjà ce contraste entre Inde ou Pakistan et la fraicheur de l'air fait voyager et visiter les lointains antipodes.
Il fait froid et c'est agréable de pénétrer dans l'atmosphère ouatée du Brin D'Zinc, anciennement Chez Mémé et qui a gardé toute l'attractivité qu'on lui connaissait de ce temps-là.
Petit bar cosy et chaleureux : c'est dans la pièce du fond, voûtée d'arcades moyenâgeuses et ceinte de pierres apparentes, après le bar et un joli piano, que la musique va surgir.
Michel Prandi, guitariste-compositeur émérite, nous propose son Electrip trio avec Fred Girard aux peaux et Xavier Cortazar à la basse 5 cordes.
Et d'emblée le trip prend aux tripes!
Bienvenue : Nasmaté!
Le premier morceau d'inspiration indienne donne immédiatement le ton du concert : un voyage mélodique et un élan rythmique avec en figure de proue la guitare de Michel, pimentée de ce qu'il faut d'effets savamment placés et de trouvailles sonores au service des compositions, alimentant l'imaginaire et l'histoire contée.
La section rythmique, bienveillante et enjouée, distille un groove au cordeau.
Basse à la fois volubile et dispensant les élégances fondamentales de rigueur.
Grosse batterie présente et précise avec un choix de son de caisse claire très mat, intéressant.

La Gibson légèrement saturée nous transporte ensuite du Viet-Nam au bord d'une plage que l'on devine proche, sensible tant elle est rendue par l'énergie des cordes ("Sable et écume") en passant par un morceau pointilliste "Esquisse", splendide dans ses chatoiements clairs-obscurs quelque peu déconstruits.
A ce propos,  les balades et compositions "sombres" sont particulièrement réussies.
La gravité s'exprime dans certains accords mineurs égrenés (souvent arpégés) comme autant de clés d'un conte tour à tour cruel et existentiel. Ces morceaux, narratifs, donnent à voir une dramaturgie serrée que le rythme accentue.
Des pièces graves dont la tension reste pourtant énergique et dynamique : le rythme n'est jamais négligé et emporte les sens. Dans ce sens, la section rythmique de ce soir a su laisser le tempo parler sans le marteler, comme une rivière souterraine que l'on entend gronder, bouillonner sans la voir.
Somme toute, nous sommes emportés par la variété, la richesse tout autant mélodique que rythmique et l'éclectisme des compositions.
Le titre du morceau vietnamien" Arc en ciel" nous enlève le dernier mot : des couleurs plein les oreilles et des formes pleines!
Tentez le nomadisme lorsque vous verrez une date Electripante à Montpellier ou ailleurs, avec Michel Prandi!
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