AD VITAM à l'O
Comme nous l'avions annoncé, Ad Vitam de Joel Jouanneau a été monté dans deux lieux différents :
le théâtre d'O et le théâtre du HangarSi le H avec ses deux barres tient bien droit, le O frise les 0 !
Pourtant l'idée d'une commande d'une pièce à deux était alléchant mais à deux ne signifie pas double, me semble-t-il!
Le même texte avec une mise en scène différente et un acteur différent, certes, mais un même texte tout de même! et le changement de point de vue n'y apporte pas grand intérêt!
Si un point de vue change, dans ce cas, le texte change, ce ne sont pas les mêmes pensées...la scène peut être identique et l'on peut voir justement différemment à travers les yeux du personnage; là, il n'en est rien.... pas un seul mot ne change, si ce n'est le "je" en "il" et l'accord des verbes bien sûr! Et l'entrée en scène: "Je ne suis pas M.Petitjean", qui l'eut crû?
Une narration à la 3ème personne, une jeune femme qui raconte l'histoire de son père écrivain et de ses déboires éditoriaux ...
Parlons de cette Melle Petitjean: vêtue d'un imperméable années 50, d'un foulard rouge et vert, coiffée de deux petits chignons sur la tête aux joues bien roses...
Combien de fois ai-je vu ce genre de personnage? Jeune femme enjouée, pleine de vie, naïve, à l'articulation quelque peu enfantine...
Mais le théâtre est-il là pour raconter? ou pour jouer?
Un théâtre récit ou un théâtre dialogué (ici monologué!)?
Faire un choix serait gratuit car l'hybridité du théâtre fait sa force. La question se pose tout de même à l'issue de ce spectacle.
Admettons qu'un même texte puisse être joué dans deux théâtres, l'intérêt réside dans la mise en scène: deux mises en scène pour montrer à quel point cela est primordial.
Les jeux de lumière, les décors, la scène, autant de couches d'un millefeuilles théâtral sans lesquels la pâtisserie se transforme en mille feuilles mortes...
Proposition d'O: mettez un rideau et projetez dessus des phrases tirées du texte qui défilent comme sur un écran d'ordinateur; mélangez avec d'autres projections de photos pixellisées de courses cyclistes, de colonnes de cartons d'archives; saupoudrez de la chanson de Gainsbourg, (L AE T I T I A), d'un petit train électrique, ajoutez enfin un "vrai" décor fait d'un petit bureau d'écolier, d'un vélo d'enfant tombé sur le sol de bac à sable; et vous obtenez une mise en scène qui veut tout montrer. Et oui, puisque l'on raconte l'histoire, il faut la montrer, donc tous les éléments du récit sont présents éparpillés ça et là sans prendre vie.

Le texte de Jouanneau est pourtant excellent, une pièce "tragi-comique" où se mêlent la présence d'un Luchini, les mollets d'un coureur cycliste nommé Robic, la robe d'un Condrieux et un procès pour "les treize lignes que vous savez", la solitude d'un homme engoncé dans sa mémoire, son enfance aussi lié à l'E dans l'A que les lettres elles-mêmes, lié par le souvenir de ces bouches entrelacées... Le retour du même, l'aspect cyclique du texte exprime à la fois le ressassement de cet homme esseulé mais aussi, le begaiement du temps qui revient sans cesse.
En parlant d'écriture qui divinement bégaie, laissons le mot de la fin à Claude Simon, dont il est question dans la pièce.
Bien-sûr tout rapport avec la réalité est fortuit.
Dans "Le Palace" : "Cette partie de lui-même qui diminuait, rapetissait, s'amenuisait à toute vitesse, n'avait plus maintenant que les dimensions et la voix dérisoire d'une minuscule poupée costumée en singe"
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